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L'aérien se met au vert

L'aérien se met au vert

Portrait of Didier Bréchemier
Senior Partner
Paris Office, Western Europe
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28 août 2019

Le secteur de l'aérien est décrié pour ses émissions polluantes, mais il dispose de plusieurs leviers d'action pour verdir son image et les opérations aériennes. Innovation, compensation, biodiversité, biocarburants, sont autant de solutions pour transformer durablement cette industrie. Mais, pour aller plus loin, c'est toute l'approche des transports qui doit être repensée, selon les besoins réels des usagers pour réduire l'emprunte carbone.

L'aérien peut-il s'inscrire dans un monde écologique ? L'actualité récente a écorné l'image du secteur dans ce domaine. Le "Flygskam", terme utilisé pour exprimer un sentiment de honte du fait de prendre l'avion au regard de son emprunte carbone, est apparu en Suède à l'automne et a pesé sur la fréquentation des compagnies aériennes.

En France, le gouvernement a annoncé ce mardi 9 juillet la création d'une écotaxe sur les billets d'avion, allant de 1,50€ à 18€ selon la destination et la classe choisie par le passager. "Cette éco-contribution représentera 180 millions d'euros pour le transport aérien à partir de 2020, qui seront intégralement affectés au financement des transports du quotidien", a annoncé la ministre des Transports, Elisabeth Borne. Les recettes fiscales pourraient par exemple aider les compagnies aériennes à renouveler leurs flottes avec des avions plus performants sur le pan écologique, mais également aider les aéroports à accélérer leur transition verte.

Décarboner le secteur aérien passe en outre par des efforts humains et financiers dédiés à la Recherche & Développement. A chaque nouvelle génération de motorisation, la consommation baisse d'environ 15%. Un pilotage revu permet également d'accroître l'efficacité et réduire par la même occasion la consommation de carburant, souvent de plus de 10%. L'enjeu pour les Etats est donc de rajeunir les flottes des compagnies aériennes avec des avions de nouvelles générations. Faut-il aider les compagnies aériennes, comme les automobilistes sont aidés pour acheter des voitures moins polluantes ? Pour renforcer cette approche écologique, il est également nécessaire de développer le système de compensation.

Le système de compensation consiste à mettre en place une contribution payée par le passager ou la compagnie aérienne, afin de compenser l'emprunte carbone du trajet, telle que la plantation d'arbres favorisant l'absorption du CO2 et la production d'oxygène. Des estimations ont été réalisées : pour une heure de vol par passager, un arbre doit être planté pour compenser. Le coût d'un arbre dépend de la région, autour d'un euro pour le continent africain, et de 10 euros pour le Vieux continent. Réussir ce défi de faire contribuer le passager, les compagnies aériennes ou l'écosystème, il est possible de récréer tout un environnement sur une destination donnée.

D'autres solutions écologiques, comme les biocarburants - sans huile de palme – contribuent à verdir le secteur aérien, tout comme l'enrichissement de la biodiversité, qui a été un point essentiel des Assises du transport aérien du printemps. Aujourd'hui, par exemple, l'ensemble des aéroports français représentent 5 à 6 fois la surface de la ville de Paris. Les prairies aéroportuaires, dénuées de pesticides et de cultures intensives, pourront être réutilisées le jour où, autour de ces aéroports, l'agriculture sera "biomaîtrisée" : c'est la source de la biodiversité de demain !

Arrêtons d'opposer le rail à l'aérien !

Au-delà de ces objectifs écologiques, il est aussi primordial de changer les mentalités et de revenir sur les besoins réels des usagers. Autrement dit, l'opposition systématique du rail avec l'aérien dans les débats font florès alors qu'ils ne couvrent pas les mêmes trajets et nourrissent des ambitions souvent diverses. Lorsque le même trajet est effectué par un avion et par un train, c'est souvent pour des raisons différentes Nous sommes dans un monde économique où il y a besoin de rencontres. Par exemple, comment répondre aux attentes d'une famille recomposées aux quatre coins de l'Europe ? Comme satisfaire des étudiants partis vivre à l'étranger et qui souhaitent rentrer pour les fêtes de fin d'année ? Comment répondre aux impératifs de temps des voyages d'affaires ? Ici, le transport aérien prend tout son sens en dessous de 2 heures (1 aller / retour dans la journée).

Le train et l'avion sont complémentaires. Temps de trajet, contraintes naturelles (reliefs, mer, etc.), type de voyage (affaires/courte durée vs. loisir/longue durée), etc… Tous ces paramètres définissent le transport le plus adapté au type de trajet, sans occulter, évidemment, la question du coût. Cette approche permet de revenir à une certaine rationalité de la mobilité. C'est le point de départ d'une mobilité responsable. Et le secteur aérien dispose des ressources nécessaires pour prospérer dans ce nouvel environnement. Pourquoi ne pas imaginer des alliances entre acteurs du ferroviaire et de l'aérien éco responsable.