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Le « gender gap » dans l’entrepreneuriat

Le « gender gap » dans l’entrepreneuriat

1 février 2024

De la décision à la vision : ce qui différencie vraiment les femmes des hommes entrepreneurs

L'écosystème entrepreneurial français demeure marqué par de fortes disparités entre les genres, mettant en lumière une sous-représentation flagrante des femmes malgré leur prédominance dans la population active. Ces écarts sont particulièrement prononcés dans l’écosystème innovant, révélant un déséquilibre persistant. En collaboration avec WILLA et France Digitale, Roland Berger a souhaité identifier les dynamiques qui sous-tendent ces inégalités, offrant ainsi un regard critique sur les obstacles spécifiques auxquels sont confrontées les femmes entrepreneures en France. En mettant en exergue ces disparités, l'étude vise à élaborer des recommandations concrètes de manière à rendre les parcours entrepreneuriaux plus paritaires.

La genèse des projets entrepreneuriaux innovants en France

Les entrepreneurs français, qu'ils soient hommes ou femmes, affichent majoritairement un niveau de diplôme élevé, avec plus de 70% détenant au moins un Master. L'empreinte du milieu familial y est significative, plus d'un tiers d'entre eux provenant de foyers où les parents occupent des postes de cadres ou professions intellectuelles supérieures. Des profils entrepreneuriaux se dessinent ainsi avec une certaine similitude entre les genres, dépeignant un entre-soi qui semble peu ouvert, la moitié des participants à notre enquête se reconnaissant en tant qu"initiés à l'écosystème tech", issus de grandes villes, à l'aise avec les codes entrepreneuriaux, et ayant fréquenté des grandes écoles. Les premières nuances entre les parcours des hommes et des femmes apparaissent à l’examen des secteurs de carrière précédant l'entrepreneuriat, les femmes étant plus fréquemment issues du marketing et de la communication, et les hommes du secteur du conseil.

"Les femmes ont plus tendance à attendre un tournant dans leur vie professionnelle pour se lancer dans l’entrepreneuriat."
Portrait of Laurent Benarousse
Associé sénior, Managing Partner France
Paris Office, Western Europe

Par ailleurs, les femmes entrepreneures amorcent leur parcours en moyenne deux fois plus tard que leurs homologues masculins. Ceci s’explique à la fois par des raisons professionnelles, telles que le besoin de gagner en crédibilité dans le monde du travail avant de se lancer, et des raisons personnelles, notamment liées à la maternité. La décision d'entreprendre en elle-même est influencée par des facteurs déclencheurs différents selon le genre, les femmes se lançant plus à l’occasion d’un évènement extérieur comme une démission ou un licenciement que par pure envie de devenir entrepreneur, ce qu’on constate uniquement chez les hommes. La quête de sens émerge par ailleurs comme une motivation majeure chez les femmes entrepreneures.

Des visions entrepreneuriales différentes, marquées par de nombreuses inégalités

Les aspirations entrepreneuriales des femmes et des hommes révèlent des différences marquées dans leurs domaines de création, tout comme dans les objectifs à moyen terme. Les femmes ne sont que 6% à déclarer entreprendre dans le but de s’enrichir, ce qui est le cas de 25% des hommes interrogés. Ceci se reflète dans le choix des secteurs d’activité : les femmes entreprennent majoritairement dans les secteurs environnementaux ou sociétaux, alors que les hommes sont très présents dans les services financiers et dans la tech.

En ce qui concerne les critères de réussite à cinq ans, de véritables divergences existent également : pour les femmes, la rentabilité émerge comme la priorité principale, citée par 77% des répondantes, suivie de près par l'atteinte du leadership dans leur secteur (56%) et le recrutement de nombreux collaborateurs (47%). En revanche, les hommes accordent une importance prépondérante au leadership sectoriel (65%), suivi de la rentabilité (63%) et de l'internationalisation (35%). Ces distinctions soulignent des perspectives entrepreneuriales distinctes, mettant en avant la volonté des femmes de garantir la viabilité économique et de favoriser la croissance organique de leur entreprise, tandis que les hommes privilégient davantage l'obtention du leadership sectoriel, souvent associée à des levées de fonds. La recherche d'un impact sociétal est également soulignée chez les femmes, avec un intérêt marqué pour l'obtention de labels tels que B Corp. Ces tendances dessinent des parcours distincts dans l'écosystème entrepreneurial.

"Les inégalités salariales contribuent aux disparités de capital initial entre femmes et hommes au moment du lancement d'une entreprise."
Portrait of Laurent Benarousse
Associé sénior, Managing Partner France
Paris Office, Western Europe

Quant au financement, si les difficultés d'accès aux fonds sont soulignées aussi bien par les hommes que par les femmes, elles sont sans commune mesure. Les levées de fonds restent ainsi un véritable défi pour les femmes, qui y ont moins recours et lèvent des montants inférieurs, ce qui peut également s’expliquer par le fait que les entrepreneuses expriment une certaine méfiance envers ce mode de financement, craignant perte de contrôle et compromission de leurs valeurs.

Favoriser l'entrepreneuriat féminin en France

Hommes et femmes partagent des aspirations similaires pour améliorer le parcours entrepreneurial. Les hommes soulignent notamment l'importance de la sensibilisation à l'entrepreneuriat, de la levée des freins administratifs, et d'un meilleur accès aux financements, des priorités qui se rapprochent des attentes des femmes. Ces dernières, tout en privilégiant la sensibilisation à l'entrepreneuriat en premier lieu, mettent également en avant l'importance d'un accompagnement renforcé, tout en reconnaissant la nécessité de lever les freins administratifs.

L'importance de s'entourer émerge par ailleurs comme un consensus parmi les entrepreneurs, hommes et femmes. La recherche de mentors expérimentés, de coaches spécialisés, et la cultivation d'un réseau solide sont des éléments essentiels. Cette confiance, indispensable à l'entrepreneuriat, se construit souvent à travers les rencontres, les modèles à suivre, et les relations professionnelles. Les témoignages mettent en lumière la création de rôles modèles, le mentorat, et le soutien de l'entourage professionnel comme des éléments clés dans le développement de cette confiance.

Face aux défis d'accès aux financements pour les femmes, la formation des équipes aux biais de genre et la création de fonds spécifiques sont encouragées. Les entrepreneuses soulignent ainsi le besoin de diversité au sein des équipes prenant des décisions dans les fonds d'investissement pour réduire les biais présents dans le processus de financement. Elles appellent ainsi à une féminisation du milieu de l'investissement, soulignant que l'écosystème financier demeure largement masculin, et expriment le besoin de créer des plateformes et des réseaux plus inclusifs, remettant en question les liens informels exclusifs existant entre hommes dans le monde de l'investissement. Ces aspirations forment un appel unanime en faveur d'une transformation profonde de l'écosystème du financement vers plus d'équité et de diversité.

Étude

Le « gender gap » dans l’entrepreneuriat

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De la décision d'entreprendre à la vision : ce qui différencie vraiment les femmes des hommes entrepreneurs

Published février 2024. Available in
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Associé sénior, Managing Partner France
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