Amid intensifying geopolitical threats and growing pressure from NATO allies, Canada’s defense sector is undergoing its most significant transformation in decades.
Rééquilibrer la base industrielle de défense du Canada
By Matt Page and Eymeric Boyer
De la fragmentation à la souveraineté
Pour comprendre le rôle du Canada dans la chaîne d’approvisionnement mondiale de la défense, il est essentiel d’examiner la structure et les capacités de sa base industrielle nationale. Le Canada bénéficie d’une expertise technique approfondie et d’un vaste réseau de fournisseurs hautement spécialisés, mais des contraintes structurelles limitent sa capacité à se développer rapidement. Notre analyse décrit la composition, les forces et les limites de l’écosystème de défense du pays.
"L’écosystème de la défense au Canada regorge de capacités, mais peu d’entreprises disposent de la solidité financière, de la maturité de leurs systèmes et de l’envergure requises par les programmes de défense modernes. Une consolidation stratégique, appuyée par des interventions ciblées, est essentielle pour transformer cette base fragmentée en véritables champions industriels compétitifs à l’échelle mondiale"
L’écosystème canadien de la défense est riche en talents, mais manque d’envergure. Plus de 600 entreprises composent ce secteur, qui a généré environ 14,3 milliards CAD de revenus en 2022 (selon le dernier rapport disponible). Ensemble, ces entreprises couvrent un large éventail de capacités — de l’usinage de précision et des traitements de surface à l’électronique, aux composants et aux services spécialisés.
Le principal défi est la fragmentation. La plupart des entreprises demeurent trop petites pour répondre à la rapidité, au volume et à la complexité systémique exigées par les programmes de défense modernes. Le Canada dispose des ingrédients nécessaires pour bâtir une économie de défense souveraine et résiliente ; ce qui lui manque, c’est la structure permettant de transformer ces capacités en champions industriels compétitifs à l’échelle mondiale. Dans ce contexte, un soutien ciblé et la consolidation sont essentiels — non optionnels.
Une pyramide dominée par la base dans un monde qui récompense l’échelle
Bien que la base industrielle canadienne soit remarquablement diversifiée, elle demeure largement concentrée dans de petites structures. La plupart des entreprises sont de petite taille, dirigées par leurs propriétaires, sous-financées et axées sur des compétences de niche. Peu d’entre elles disposent de l’expertise en ingénierie, de la stabilité financière ou des capacités d’intégration nécessaires pour gérer des projets d’envergure — ou en assumer les risques.
Les résultats étaient prévisibles : ralentissement de la livraison des programmes, rupture des chaînes d’approvisionnement, baisse des investissements en R et D. Le Canada est devenu dépendant des intégrateurs étrangers, alors même que la capacité souveraine devenait plus critique que jamais.
À l’échelle mondiale, les entreprises qui réussissent ne sont pas celles qui comptent le plus de sites — mais celles qui ont le plus d’envergure. L’échelle se développe, elle ne s’acquiert pas toute faite.
Ce que la France et l’Italie nous apprennent sur la création de champions
D’autres pays ont démontré un modèle que le Canada n’a pas encore pleinement adopté. En France, des grappes d’ateliers d’usinage et de procédés spécialisés se sont transformées en plateformes reconnues mondialement grâce à la combinaison stratégique de capacités complémentaires, créant ainsi des écosystèmes industriels intégrés.
En Italie, certaines entreprises ont suivi des approches similaires : acquisition d’ateliers de précision, consolidation des opérations, investissements dans la gouvernance et création de fournisseurs de systèmes prêts à l’exportation, capables de surpasser leur taille individuelle. Ces entreprises n’ont pas grandi par hasard ; elles ont été délibérément construites grâce à des acquisitions stratégiques, une intégration disciplinée et un capital patient.
"Nous constatons un changement dans l’approche du capital-investissement canadien envers la défense, avec des investissements initiaux dans certaines plateformes et une familiarité croissante avec le secteur. La prochaine phase sera toutefois cruciale : passer de transactions ponctuelles à une consolidation coordonnée capable de transformer réellement la base d’approvisionnement. "
Le Canada compte des leaders émergents, mais l’échelle demeure insuffisante
Nous observons des signes précoces d’un élan comparable au Canada.
Plusieurs entreprises de premier plan montrent que la consolidation est efficace — améliorant la performance, élargissant les capacités et renforçant la résilience. Cependant, ces plateformes demeurent trop petites pour transformer le paysage industriel national. Les transactions restent modestes, l’intégration limitée, et des adjacences clés — procédés avancés, intégration électronique, ingénierie numérique — manquent souvent.
La voie à suivre n’est pas incrémentale : elle doit être transformatrice.
Les fonds de capital-investissement canadiens jouent un rôle crucial dans la reconstruction et la mise à l’échelle de la base industrielle de défense du Canada. Grâce à leur capacité à déployer du capital patient, à favoriser la professionnalisation et à consolider des fournisseurs fragmentés, les grands investisseurs en capital-investissement peuvent devenir les architectes de la transformation de la chaîne d’approvisionnement — soutenant des champions nationaux, modernisant les capacités manufacturières et d’ingénierie, et alignant leurs portefeuilles sur la demande de défense à long terme.
Au-delà du capital, la propriété par des fonds peut apporter une discipline en matière de gouvernance, une excellence opérationnelle et l’accès à des réseaux mondiaux qui permettent aux entreprises canadiennes de s’intégrer dans les écosystèmes de défense alliés. Si le Canada souhaite sérieusement renforcer sa capacité souveraine, ses plus grands investisseurs nationaux doivent intervenir pour façonner, développer et pérenniser sa base d’approvisionnement.
Le moment est venu de construire des champions intermédiaires
Le Canada dispose d’un groupe d’experts techniques ayant le potentiel de devenir la prochaine génération d’intégrateurs de rang intermédiaire. Ils possèdent de solides compétences techniques, des relations client établies et de l’ambition. Ce dont ils ont besoin :
- Du capital pour investir dans la modernisation et les acquisitions
- - De la gouvernance pour faire évoluer les opérations du niveau atelier au niveau programme et accroître leur visibilité auprès des parties prenantes nationales et internationales
- - Du soutien à l’intégration pour développer des plateformes multi‑capacités
- - D’une stratégie nationale qui favorise l’échelle plutôt que la fragmentation et soutienne les besoins en talents et en main-d’œuvre
En intégrant l’usinage, les composites, les traitements de surface, l’électronique et les sous‑assemblages dans des plateformes unifiées, le Canada peut développer des entreprises suffisamment grandes et résilientes pour jouer un rôle de premier plan.
Un plan pour la croissance et la souveraineté canadiennes
Une stratégie de consolidation ouvrirait des avantages allant bien au-delà de la taille des entreprises. Elle renforcerait les fondements nationaux nécessaires à :
- la modernisation du NORAD
- la recapitalisation navale
- la surveillance et la protection de l’Arctique
- les technologies aérospatiales et de systèmes de mission de nouvelle génération
Elle permettrait également aux fournisseurs canadiens de répondre aux exigences des maîtres d’œuvre mondiaux, de s’intégrer aux lignes de production des alliés et de rester compétitifs pour la prochaine décennie.
Surtout, elle assurerait une capacité souveraine, un élément crucial dans le contexte géopolitique actuel.
Pourquoi cela compte pour l’avenir industriel du Canada
Le secteur mondial de la défense évolue rapidement. Les pays sécurisent des fournisseurs à long terme, et les fabricants d’équipement d’origine garantissent des capacités manufacturières. Les nations alliées veulent des partenaires capables de livrer à grande échelle, de manière fiable, avec de réelles capacités d’intégration.
C’est un moment charnière pour le Canada. Si le pays réussit à renforcer, moderniser et professionnaliser sa base industrielle dès maintenant, il pourra former une nouvelle génération de chefs de file intermédiaires capables de rivaliser à l’international et de soutenir la sécurité nationale. S’il tarde, d’autres combleront le vide.
Le Canada a le talent, les entreprises et l’opportunité. Ce qu’il lui faut maintenant, c’est la volonté de bâtir quelque chose de plus grand.