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Transition écologique de l'aviation : l'ACI accompagne les aéroports via son programme leader de gestion carbone

Transition écologique de l'aviation : l'ACI accompagne les aéroports via son programme leader de gestion carbone

25 octobre 2022

Dans le cadre de ses études et projets sur l'environnement dans l'écosystème de l'aviation, Roland Berger mène une série d'entretiens avec celles et ceux qui construisent le futur écologique de l'aéroportuaire.

Découvrez notre interview avec Alexandre de Joybert, Directeur du développement durable de Airports Council International Europe (ACI EUROPE), qui accompagne ses membres face aux défis de leur transition environnementale et de celle de l'industrie de l'aviation en général.

(entretien réalisé en juillet 2022)

"Le secteur aérien est souvent montré du doigt pour les émissions de CO2 qu’il génère, or il ne représente que 2% des émissions de CO2 dans le monde. En outre, l’industrie aéroportuaire représente 5% des émissions du secteur du transport aérien."
Portrait of Alexandre de Joybert

Alexandre de Joybert

Head of Sustainability, Airports Council International Europe

Qui êtes-vous, quel est votre parcours ?

Je m’appelle Alexandre de Joybert, je suis le responsable du département développement durable à ACI EUROPE depuis 2022 après avoir travaillé dans le secteur de l'énergie en France et à l'étranger.
Mon parcours en droit et affaires européennes m’a amené à rejoindre Bruxelles pour accompagner les entreprises dans le dédale des institutions européennes, à analyser les développements législatifs de l’UE, à comprendre les impacts réglementaires sur leurs activités, et à travailler en bonne intelligence avec les institutions.
J’ai rejoint l’industrie aéroportuaire en raison de mon intérêt pour les enjeux environnementaux et les défis de l’innovation durable. Le secteur aérien offre la possibilité d’agir au sein d'une industrie dynamique clé et consciente des enjeux de durabilité, à un moment où le secteur fait face à une pression croissante de tous les acteurs de la société.

Qu'est ce qu'ACI Europe ?

ACI EUROPE représente près de 550 aéroports européens de toutes tailles, répartis dans plus de 55 pays. Nos membres facilitent plus de 90% du trafic aérien en Europe. Notre mission est de représenter l’industrie aéroportuaire et de promouvoir l’excellence professionnelle dans la gestion et l’exploitation des aéroports.
ACI EUROPE travaille sur un large éventail de sujets, notamment la capacité des aéroports et les créneaux horaires, la réglementation économique, la connectivité des aéroports, la sécurité et la sûreté, la gestion du trafic aérien et bien sûr le développement durable des aéroports.

Quelle est votre vision du rôle de l'aéroport en matière de responsabilité environnementale ?

L’aviation est un mode de transport d'avenir essentiel pour la connectivité des territoires et les bienfaits que cela engendre pour le développement économique et culturel notamment.
Le secteur aérien est souvent montré du doigt pour les émissions de CO2 qu’il génère, or il ne représente que 2% des émissions de CO2 dans le monde. En outre, l’industrie aéroportuaire représente 5% des émissions du secteur du transport aérien. Cela ne parait pas très significatif mais nous sommes le premier lieu de contact entre l'aviation, les territoires et les passagers.
Nous avons donc un rôle clé pour mener la transition environnementale du secteur, réduire au maximum les émissions de CO2 et plus largement les externalités sur lesquelles l’aéroport peut agir. Les aéroports s'intéressent depuis longtemps aux questions de durabilité, qu'il s'agisse du bruit, de la qualité de l'air, de la biodiversité, de la gestion de l'eau ou de problèmes environnementaux plus globaux, notamment les émissions de gaz à effet de serre du secteur de l'aviation.
La question énergétique va également modifier en profondeur les activités des aéroports, ouvrant d’ailleurs de nouvelles perspectives opérationnelles et commerciales. La production d’énergies vertes par les aéroports existe déjà, mais devrait accélérer avec la mise en place de centrales photovoltaïques ou l’utilisation de la géothermie pour alimenter les infrastructures en électricité.
L’utilisation de l’hydrogène comme vecteur énergétique est aussi attendue non seulement pour la mobilité aérienne mais à plus court terme pour la mobilité terrestre sur et autour des plateformes aéroportuaires. À l’avenir, l’aéroport sera un vrai hub énergétique en plus d’être un hub de mobilité connecté aux différents modes de transport.

"La question énergétique va également modifier en profondeur les activités des aéroports, ouvrant d’ailleurs de nouvelles perspectives opérationnelles et commerciales."
Portrait of Alexandre de Joybert

Alexandre de Joybert

Head of Sustainability, Airports Council International Europe

Quelles sont les initiatives mises en place par ACI EUROPE pour améliorer l'empreinte environnementale ?

Dès 2009, nous avons développé l'unique standard international de gestion carbone pour les aéroports, le programme Airport Carbon Accreditation (ACA). Ce programme vise à permettre aux aéroports de réduire efficacement leur empreinte carbone et à maintenir le cap vers la décarbonation maximale. Aujourd’hui, le programme compte plus de 400 aéroports accrédités dans le monde, et nous travaillons au développement d’un nouvel échelon au sein du programme permettant d’accréditer les aéroports "Net Zero".

En juin 2019, nos membres se sont engagés à atteindre zéro émission nette carbone d’ici 2050 pour les opérations qu’ils contrôlent. Cela signifie que les aéroports s’engagent à réduire leurs émissions de CO2 à un niveau aussi proche que possible de zéro. Les émissions de CO2 restantes étant éliminées ou stockées grâce aux méthodes d’émissions négatives (e.g. fondées sur la nature, la technologie ou la géochimie). ACI EUROPE a d’ailleurs récemment réaffirmé et élargi son engagement "Net Zero 2050" et près de 50 % des aéroports engagés ont fixé des objectifs plus ambitieux pour 2030 ou avant.

Nous avons également développé une feuille de route ‘Destination 2050’ avec l’écosystème de l’aviation européenne (e.g. les compagnies aériennes, les fabricants et les fournisseurs de services de navigation aérienne) pour identifier les leviers sur lesquels travailler afin d'atteindre le ‘Net zero’. L’étude que nous avons menée soulève quatre axes clés pour permettre de réduire considérablement les émissions de CO2 d'ici 2050.

Les améliorations apportées aux technologies des aéronefs et des moteurs pourraient permettre de réduire les émissions de 37 %. La mise en œuvre de mesures économiques et l'amélioration de la gestion du trafic aérien (ATM) et de l'exploitation des aéronefs pourrait ensemble permettre de réduire les émissions de 14 %.

Enfin, l'utilisation de carburants d'aviation durables (SAF) a elle seule permettrait de réduire les émissions de CO2 de 34 % d’ici 2050. Il faut donc que ces carburants soient disponibles et accessibles pour que les aéroports soient capables de faciliter l’accès à ces produits.

Nous participons à l'ensemble des discussions menées au niveau européen sur ces sujets. Actuellement, la Commission européenne propose notamment de passer d'une obligation de quotas d’utilisation de SAF de 2% en 2025 à 63% en 2050 – les discussions s'articulent autour de la définition de ce qui peut être considéré comme SAF, le niveau des quotas ou encore la méthode de calcul de ces incorporations.

"Dès 2009, nous avons développé l'unique standard international de gestion carbone pour les aéroports, le programme Airport Carbon Accreditation (ACA)."
Portrait of Alexandre de Joybert

Alexandre de Joybert

Head of Sustainability, Airports Council International Europe

Prenez-vous part au financement de ces initiatives ?

ACI EUROPE n'a pas un rôle de financement direct mais nous accompagnons les membres pour identifier les fonds disponibles au niveau européen. Actuellement, les opportunités de financement disponibles pour les aéroports se concentrent sur le développement de l'électrification et de l’accès à l'hydrogène (côté piste et côté ville).

Quelle est la perception des passagers des efforts faits par les aéroports en termes de développement durable ?

Les mesures environnementales des aéroports ont un impact car l’aéroport est la première interface qu'ont les passagers avec le transport aérien. Cependant, les efforts des aéroports en matière de réduction des émissions de CO2 ne sont pas toujours visibles pour les passagers (e.g. la recharge électrique des équipements, l'avitaillement en fuel des aéronefs, l'énergie utilisée dans les bâtiments, etc.).
C’est pourquoi nous devons travailler à rendre ces efforts plus tangibles pour les passagers. Je suis par exemple convaincu de l’importance d’intégrer les mesures d’économie circulaire dans les stratégies de développement durable des aéroports. Beaucoup d’aéroports ont déjà développé des initiatives dans ce sens. Pour moi c’est une des clés pour valoriser nos actions et rendre une partie des efforts des aéroports plus visible auprès des passagers.

Quelle est votre feuille de route pour la prochaine décennie ?

Notre feuille de route concrète c'est ‘Destination 2050’ sur l'ensemble des points précédemment évoqués. Mais nous avons également, au niveau du secteur aérien, à relever le défi de l'avion électrique et hydrogène : comment l'industrie peut-elle travailler ensemble et avec le législateur pour favoriser le développement de ces nouvelles technologies.
Des essais d’avion à hydrogène sont en cours et les premiers avions sont attendus pour la prochaine décennie. Cela nécessite donc que les aéroports soient prêts à recevoir ces nouveaux aéronefs avec toutes les considérations que cela implique en termes d’infrastructure et de sûreté notamment.

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